Patrimoine linguistique


« Lo laissem pas degalhar »

 

  Vaste sujet qui demanderait plusieurs numéros du modeste bulletin de notre association.

Modestement aussi et « sensa faire d’alònguis » je me contenterai d’illustrer deux exemples.

 

Commençons par un nom qui nous est très cher, celui de BEAUDINARD, que l’on s’obstine encore, ici ou là (et même dans notre commune) à orthographier « Baudinard »

Frédéric Mistral a écrit : « Cu tèn la lengo, tèn la clau… »

C’est précisément cette langue, le provençal alpin (rabaissé au rang de « patois » méprisable par l’état centralisateur)

parlé ici depuis de très nombreuses générations, qui nous dit que ce hameau s’est toujours appelé « Bèudinar »

logiquement francisé en « Beaudinard ».

Nom que l’on retrouve

sur la plupart des cartes anciennes, en particulier celle de Cassini (DIGNE 1778 - 1781) qui fait référence,

et que l’on peut voir gravé sur la cloche de notre chapelle (1865).

Je m’intéresse beaucoup à la toponymie, la science du nom des lieux. Elle vient souvent contredire les étymologies populaires, approximatives ou simplistes, qui se transmettent de génération en génération. Il en existe une pour notre hameau qui me plaît bien car je l’ai entendue de la bouche de nos anciens.

Nous connaissons bien les bons repas qui se font à Beaudinard

Il semblerait que ce soit une tradition qui remonterait à l’origine même du nom de baptême ! :

« Avèm fach un bèudinar !»

se seraient écriés ces lointains ancêtres qui s’étaient réunis « per faire ribòta » (pour faire la fête)

Le nom du hameau était tout trouvé : « Bèudinar » littéralement « beau dîner »

Comme diraient nos voisins italiens :

« Se non è vero, è ben trovato » !

 

Ma deuxième réflexion portera sur le nom du torrent

« Le Sasse », lui aussi souvent transformé en « La Sasse »

(notamment dans la publication « apériodique » disparue de Gabriel Carnevalé « Mémoire de la Sasse* »)

 

L’étude des noms de rivières est un autre domaine passionnant qui peut nous apprendre bien des choses.

Dans ma longue existence je n’ai jamais entendu féminiser le nom de ce torrent de montagne, comme tous les autres d’ailleurs (le « valour », le « riéu » sont toujours masculins)

D’autre part, la langue provençale ne met pas d’article défini devant les noms de rivières.

On dit : « entre Ubaia e Verdon » (entre l’Ubaye et le Verdon) « l’aiga de Durènça » (l’eau de la Durance)

A Nice, pour annoncer les crues du Paillon, les riverains criaient « Palhon vèn ! Palhon vèn ! »

Et ici j’ai souvent entendu ma grand-mère dire à son fils Duval qui ne trouvait jamais ses affaires :

« Troubariés pas d’aiga en Sassa ! »

 

Tous ceux qui ne sont pas indifférents aux origines de leur terroir ou de leur « pays » diront avec moi

« Gardarem nòstra indentitat »

 

André LAGIER le 14 février 2012

et pour élargir le sujet, une piste livrée par notre ami Jacques O. à propos du BAUDINARD dans le département du Var...

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Dictionnaire historique & topographique de la

Provence ancienne & moderne

 Par E. Garcin   1835

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